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Habiter : Comment les temps collectifs participent de l’accompagnement individuel pour les personnes hébergées ?

 

Les personnes qui s’adressent à Baïta souhaitent être mises à l’abri ou à distance d’un environnement qu’elles considèrent comme nuisible pour elles. Dans le même temps, elles évoquent ce que l'appartement permettrait : poursuite des soins, maintien de l'abstinence, reprise de contacts avec la famille, garde des enfants, recherche d'emploi et vie professionnelle…

L’appartement thérapeutique répond donc à une demande de protection mais aussi à la construction d'un retour à une certaine forme de normalité sociale, affective et professionnelle. Il aura pour fonction l’insertion ou la réinsertion sociale, dont le soin sera un des outils.

"Habiter un lieu"

Dans un premier temps, il va s’agir pour les personnes accueillies « d’habiter » un lieu, vivre quelque part. Cette question n’est pas simple, un lieu n’est pas d’emblée un lieu d’habitation. Pour qu’il le soit, il faut qu’il puisse être habité, autrement dit, que la personne puisse être en relation avec ce lieu, y vivre habituellement, y imprimer quelque chose d’elle-même. Mais « investir le lieu », « l'habiter », c'est aussi l'affaire d'un mouvement, de l'aller et du retour. C’est ainsi que les activités collectives proposées constituent une possibilité d'effectuer ces trajets et peuvent permettre l'appropriation d'un « chez soi ».

L’arrivée dans le logement peut produire un mouvement dépressif chez certaines personnes accueillies, car répondre positivement à leur demande d’être hébergé met un terme (provisoire) à cette demande. Apparaît alors un vide à propos duquel il convient de tenir un discours, sans chercher à le combler : c'est la question de l'isolement et de la solitude. La personne demande un lieu d'où elle pourra se projeter vers un certain champ du possible, qui constitue une tendance, un mouvement, qui va d'un intérieur (l'intime, l'habitat) vers le collectif (l'espace public, les autres).

 

L'expérience enrichissante du collectif

Pour cela, en complémentarité de l’accompagnement individuel, des activités collectives sont proposées aux personnes hébergées. Si longtemps la relation individuelle a été privilégiée, l’approche collective semble aujourd'hui, à la fois nécessaire et enrichissante dans l'évolution du parcours des usagers, et dans leur volonté d'insertion sociale.

Elle l’est d’autant plus depuis le passage à l'addictologie et l’accueil d’usagers en difficulté avec l’alcool, qui témoignent de l’intérêt dans leur parcours de soins, de leur expérience au sein de groupes de paroles dans les associations néphalistes ou en cure de sevrage. La conception du travail de l’équipe a donc évolué vers la promotion et la prise en compte de cette dimension collective. C’est ainsi qu’aujourd’hui, si la participation à ces activités ne constitue pas une obligation, elles sont considérées comme une modalité de prise en charge à part entière. Systématiquement proposées, ces activités font parties intégrantes du projet de soins et du contrat de séjour.

 

Les bénéfices de la participation aux espaces de socialisation

  • La mise au travail la confusion entre « solitude » et « isolement » souvent à l’œuvre chez les personnes hébergées :

La participation d'un usager aux propositions collectives n'est pas nécessairement un indicateur de ce que sera sa prise en charge individuelle en appartement, toutefois, l'usager qui refuse de s'impliquer dans ces espaces indique vraisemblablement quelque chose à l’équipe de son rapport aux autres, à l'extérieur et au lieu à habiter. Les ateliers, les brunchs hebdomadaires, les sorties culturelles ont donc une véritable fonction d’étayage et permettent de fabriquer de « l'habiter », dans le sens où habiter un lieu, c'est pouvoir en sortir pour y revenir et ainsi, faire le récit à l’Autre de ce mouvement.

  •  La création des liens entre les participants en dehors des espaces thérapeutiques : 

Les participants se rendent visite, ils vont voir et soutiennent l’exposition des créations de l’un d’entre eux, ils partagent leurs expériences entre pairs (personnes hébergées, patients suivis en ambulatoire, anciens patients hébergés accompagnées dans le cadre du service de suite). Par ailleurs, il arrive régulièrement que les patients s’échangent les dessins ou autres réalisations pour les amener chez eux, ou qu’ils poursuivent chez eux l’activité expérimentée en atelier. Ce va et vient permet de penser un mouvement et il est aussi une manière de s’approprier un « chez soi ». 

  • Les professionnels ont aussi identifié que la participation à ces temps collectifs a à voir avec la relation transférentielle :

ce qui se passe dans le lieu habité où dans les espaces collectifs est adressé à l'autre, souvent au professionnel mais plus généralement à l'institution. Au-delà de l’attrait pour les activités proposées, la qualité du lien thérapeutique et l’inscription de ces temps collectifs dans le projet de soin contribue à leur appropriation.

 

La participation des usagers 

Ces espaces sont des occasions pour les usagers de s’exprimer, de faire des propositions (idées de sorties, supports de créations etc.) et donc d’exercer leurs droits et leur participation à leur prise en charge et au fonctionnement de l’institution.